La campagne de Mitt Romney inquiète Bruxelles quant à l’avenir des négociations sur le climat

Des  fonctionnaires de l’UE s’inquiéteraient des conséquences de l’élection éventuelle de Mitt Romney sur les négociations mondiales relatives au climat.

Même si le candidat républicain est actuellement derrière le président Barack Obama dans les sondages, sa remise en cause répétée du lien entre émissions de gaz à effet de serre et changement climatique a soulevé des inquiétudes à l’échelle ministérielle, selon une source.

En octobre dernier, M. Romney avait déclaré : « Je pense que nous ne savons pas ce qui provoque le changement climatique sur cette planète et que l’idée de dépenser des milliers de millions de dollars pour tenter de réduire les émissions de CO2 n’est pas la bonne marche à suivre pour nous. »

Le mois dernier, il a semblé revenir sur ses propos en affirmant lors d’un débat en ligne que l’activité de l’homme pouvait contribuer au réchauffement de la planète. M. Romney a toutefois cité « l’absence de consensus scientifique sur la question » comme une bonne raison de poursuivre les recherches avant de prendre des mesures.

« S’il est élu, le changement climatique ne sera plus considéré sous le même angle », a déclaré un fonctionnaire senior à EurActiv. « Cela changerait assurément le point de vue ».

Ce fonctionnaire a laissé entendre qu’en cas d’élection, l’UE attendrait les nominations de M. Romney à différents postes clés avant d’élaborer des plans. Il pense que la politique américaine sur les sables bitumineux canadiens très polluants ou la Chine pourrait changer.

La position ferme contre le système d’échange de quotas d’émission (ETS) adoptée à l’unanimité par le sénat américain la semaine dernière ne devrait quant à elle pas être modifiée, quel que soit le candidat élu.

Crise de l’ETS à l’horizon

Washington semble penser qu’une crise se profile à l’horizon à moins que l’UE ne reporte son projet de taxer les compagnies aériennes internationales pour leurs émissions de dioxyde de carbone à partir du 30 avril 2013.

Les États-Unis, qui affirment préférer un accord mondial sur les émissions de l’aviation, ne pensent pas qu’il soit possible de conclure un autre accord avant cette date via l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).

Mais EurActiv a cru comprendre que les Américains ne prévoient pas d’autoriser le non‑respect des règles européennes pour leur flotte aérienne avant que l’Inde et la Chine ne révèlent le contenu et le calendrier de leurs positions. Ces deux pays ont déjà autorisé le non-respect de l’ETS à leurs compagnies aériennes.

Nigel Purvis, conseiller auprès du négociateur américain en chef pour le protocole de Kyoto en 1998, a déclaré qu’en tant que président, Mitt Romney « serait probablement moins intéressé par le fait d’atteindre un accord mondial [à l’OACI] pour réellement réduire les émissions dans le cadre d’une stratégie ambitieuse ».

M. Purvis est le fondateur et président du cabinet de conseil Climate Advisers.

Négociations

M. Purvis estime que sous la présidence de M. Romney, le niveau d’urgence et d’attention porté aux négociations en vue d’un nouvel accord pour succéder au protocole de Kyoto changerait énormément. Le protocole de Kyoto expire à la fin de l’année.

« Mitt Romney n’est pas disposé à faire quoi que ce soit qui ait un coût politique », a-t-il ajouté.

Un fonctionnaire de l’UE a déclaré à EurActiv qu’il s’attendait à des négociations sur le climat « bien plus difficiles » avec un gouvernement Romney et que les relations UE‑USA sur la question du climat pourraient alors devenir « plutôt délicates ».

« Cela ne ferait que compliquer un peu plus [les négociations sur le climat] », a ajouté une autre source de l’UE.

« La première chose que [Mitt Romney] ferait serait de renvoyer [le négociateur en chef pour le climat], Todd Stern, et de le remplacer par quelqu’un qui partage son opinion sur le climat, car Todd Stern s’y connaît dans ce domaine », a affirmé cette source.

Question épineuse

M. Stern lui-même a déclenché un mouvement de colère le mois dernier, lorsqu’il s’est prononcé en faveur de l’abandon des engagements de son pays pour limiter à 2 °C le réchauffement climatique.

Le négociateur américain Jonathan Pershing avait lui aussi pris la parole et appelé à un nouveau traité « flexible et dynamique » pour remplacer Kyoto. EurActiv a toutefois appris que ces interventions étaient en réalité destinées à ouvrir le débat sur une approche ascendante de type « doctrine Sinatra » face aux engagements pour le climat. Cette approche permettrait alors aux différents pays de réduire leurs émissions comme ils l’entendent.

Les critiques estiment qu’en supprimant les objectifs contraignants en matière de réduction des émissions, cette doctrine empêcherait bel et bien d’atteindre tout objectif (y compris celui de 2 °C). Les conséquences pourraient alors être graves.

Le gouvernement Obama s’est engagé à réduire les émissions du pays de 17 % d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 2005, un objectif bien loin derrière celui avancé par le protocole de Kyoto que les États-Unis n’ont pas ratifié.

Nombreux sont ceux qui craignent que même cet objectif ne passe à la trappe avec un gouvernement Romney.

Les engagements de Mitt Romney

M. Romney s’est engagé à :

  • ouvrir la totalité des zones côtières américaines au forage pétrolier
  • réduire les réglementations et les révisions sur l’environnement dans le but de « rationaliser » les procédures d’autorisation
  • construire le gazoduc Keystone XL controversé afin d’acheminer des sables bitumineux du Canada vers les États-Unis
  • accorder aux États le pouvoir de décision quant au développement énergétique sur les terres fédérales
  • créer un partenariat énergétique nord-américain avec le Canada et le Mexique

Thomas Legge, en charge du climat et de l’énergie au German Marshall Fund des États‑Unis, a déclaré que le radicalisme du parti de Mitt Romney (ainsi que ses déclarations sur le changement climatique et le financement de sa campagne) lui compliquerait la tâche pour gouverner au centre.

M. Romney a reçu plus de 2 millions de dollars (1,5 million d’euros) de contribution de la part de l’industrie des carburants fossiles pour 2011-2012. C’est plus d’argent que n’importe quel autre candidat à la présidence, selon le site Opensecrets.org.

« Le rôle des financements de campagne est considérable et devrait, à long terme, freiner ou libérer le système politique américain », a expliqué M. Legge à EurActiv.

L’opposition actuelle des républicains au système d’échange de quotas qu’ils ont pourtant été les premiers à proposer est une « aberration dans l’histoire », a-t-il déclaré.

« Je pense que les deux candidats préfèrent faire profil bas face au changement climatique, car ce n’est pas un sujet populaire auprès des électeurs », a-t-il ajouté.

Opinion publique

Il est difficile de déterminer le nombre de citoyens climatosceptiques. Selon un récent sondage du Yale Project on Climate Change, le réchauffement climatique devrait être une priorité modérée, haute ou très haute pour le président et le Congrès.

Cette même étude a cependant dévoilé que 61 % des Américains se montraient prudents, désengagés, sceptiques ou méprisants face au réchauffement climatique. L’intérêt des médias pour ce sujet a d’ailleurs chuté.

Mais selon MM. Purvis et Legge, les chiffres les plus importants sont ceux concernant la réduction structurelle des émissions à long terme, qui ne devrait pas être affectée à long terme par ces élections.

« Certains facteurs réduisent les émissions de gaz à effet de serre d’une manière aussi extraordinaire que la transition du Royaume-Uni du charbon au gaz dans les années 1980 et 1990 », a déclaré M. Legge.

Ces facteurs sont notamment la tendance à faire appel au gaz (notamment le gaz de schiste), les réglementations sur l’air propre et la nouvelle tendance à l’efficacité des carburants. Ils ont permis de réduire les émissions de CO2 du pays de 1,7 % en 2011.

Aussi impressionnants que soient ces chiffres, ils ne devraient pas permettre d’enrayer le réchauffement de la planète, quel que soit le candidat élu en novembre, parce que les émissions de carbone dans le monde continuent de croître.

L’économiste en chef de l’AIE, Fatih Birol, a salué ces chiffres en avril dernier : « Ces nouvelles données sont autant d’éléments de preuves que la possibilité de limiter le réchauffement à 2 °C est en train de s’éloigner. »

Arthur Neslen — Traduit de l’anglais par Coline Godard

 

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