Une étude française relance la controverse sur les OGM

Des rats nourris au maïs génétiquement modifié de l’entreprise Monsanto ou exposés à son désherbant le plus vendu, le Roundup, ont présenté des tumeurs et des lésions organiques diverses, selon une étude française publiée hier (19 décembre).

Le gouvernement français a immédiatement demandé à l’Agence nationale de sécurité sanitaire d’examiner les résultats de cette étude avec attention et appelé les autorités européennes à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé publique, notamment une suspension urgente des importations de cette variété de maïs en Europe.

Frédéric Vincent, le porte-parole de la Commission européenne pour les questions de santé et de consommation, a déclaré que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) se pencherait sur cette étude.

« Si l’examen de cette étude révèle de réels fondements scientifiques, la Commission en tirera des conclusions », a-t-il déclaré.

Résultats de l’étude française

Un biologiste de l’université de Caen, Gilles-Eric Seralini, et ses collègues ont révélé que les rats utilisés pour cette étude étaient morts prématurément. Ils ont été nourris avec des OGM NK603 (une variété de graines conçue pour tolérer l’aspersion du désherbant Roundup de Monsanto) ou ont bu de l’eau mélangée à du Roundup à un niveau toléré aux États-Unis.

Ces animaux nourris aux OGM souffraient également de tumeurs mammaires ainsi que de graves lésions au foie et aux reins, selon l’étude examinée par des pairs, publiée par la revue Food and Chemical Toxicology et présentée lors d’une conférence de presse à Londres.

Les chercheurs ont indiqué que 50 % des mâles et 70 % des femelles étaient décédés prématurément, contre 30 % et 20 % respectivement dans le groupe témoin.

Lors d’une conférence téléphonique avec les médias américains, M. Seralini a souligné que les études sur les animaux nourris aux OGM duraient habituellement trois mois, et ce en raison du refus des entreprises du secteur de connaître les effets de leurs produits à long terme, a rapporté le Washington Post.

M. Seralini a ajouté que lors de son étude à long terme sur 200 rats, les tumeurs avaient commencé à apparaître au bout de quatre mois, peut-on lire dans le journal.

« Au bout d’un an, le nombre de tumeurs […] a considérablement augmenté », a déclaré M. Seralini, qui préside également le comité scientifique du CRII-GEN. Il a précisé que la plupart des femelles souffraient de deux ou trois tumeurs chacune.

Scepticisme

Certains experts extérieurs à cette étude se sont montrés plutôt sceptiques. L’un d’entre eux accuse les scientifiques français d’aller à la « pêche aux statistiques » et d’autres décrivent la méthodologie de l’étude comme largement inférieure à la norme.

Le porte-parole de Monsanto, Thomas Helscher, a déclaré que son entreprise examinerait cette étude attentivement. Il a toutefois ajouté : « À ce jour, de nombreuses études scientifiques révisées par des pairs et concernant des cultures biotechniques, notamment plus d’une centaine d’études sur l’alimentation animale, ont à maintes reprises confirmé la sûreté des OGM. Ces résultats se reflètent d’ailleurs dans les évaluations de sécurité menées de par le monde par différentes autorités de réglementation. »

Les organismes génétiquement modifiés sont très impopulaires en Europe, mais ils dominent les grandes cultures aux États-Unis depuis que Monsanto a introduit une variété de soja génétiquement modifiée pour tolérer le Roundup en 1996.

Les experts interrogés par la presse ont conseillé de faire preuve de prudence avant de tirer des conclusions de cette étude scientifique.

Tom Sanders, le directeur du département de recherche scientifique nutritionnelle du King’s College London, a souligné que l’équipe de M. Seralini n’avait fourni aucune donnée sur la quantité d’aliments donnée aux rats ou leur taux de croissance.

« Cette race de rats est très vulnérable aux tumeurs mammaires, surtout lorsque la consommation alimentaire n’est pas contrôlée », a-t-il expliqué. « Les méthodes statistiques utilisées ici sont peu conventionnelles […] et il semblerait que les auteurs soient simplement partis à la pêche aux statistiques. »

Mark Tester, professeur de recherche à l’Australian Centre for Plant Functional Genomics de l’université d’Adélaïde a quant à lui déclaré que les résultats de cette étude soulevaient la question de savoir pourquoi aucune des études précédentes n’avaient abouti à des conclusions si alarmantes.

David Spiegelhalter, de l’université de Cambridge, estime quant à lui que les méthodes, les statistiques et le compte-rendu des résultats sont bien inférieurs aux normes habituelles. Il a ajouté que le groupe témoin de rats non traités comprenait 10 animaux de chaque sexe dont la plupart étaient aussi atteints de tumeurs.

Effets à long terme

Alors que les partisans des OGM avancent que les études précédentes ont prouvé leur sûreté, le clan opposé se plaint du manque d’informations sur les effets à long terme des OGM, dans la mesure où ces graines n’ont été introduites qu’il y a 15 ans.

En France, le gouvernement a affirmé avoir demandé à son Agence nationale de sécurité sanitaire d’évaluer l’étude en question et l’avoir envoyé à l’EFSA.

« En fonction [des conclusions], le gouvernement demandera aux autorités européennes de prendre toutes les mesures nécessaires en termes de protection de la santé humaine et animale, mesures qui pourront aller jusqu’à suspendre en urgence l’autorisation d’importation dans l’Union européenne du maïs NK 603 », ont indiqué les ministères de la santé, de l’environnement et de l’agriculture dans un communiqué commun.

M. Seralini, le scientifique en charge de cette étude, avait déjà tiré la sonnette d’alarme en 2009, à l’issue de recherches de plus courte durée. Cette nouvelle étude va plus loin et a suivi les animaux pendant deux ans.

EurActiv.com avec Reuters – Traduit de l’anglais par Coline Godard

 Cliquez ici pour consulter le texte source.

 

 

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